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Grasset - Les Hommes d'Aujourd'hui

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Eugene Samuel Grasset




 
Nationality: French
• Roles: Artist, Designer, Architect, Painter, Printmaker, Affichiste, Illustrateur, Peintre, Graveur, Décorateur, Architecte
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  Eugene Samuel Grasset

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EUGÈNE GRASSET, ne a Lausanne en 1850, est naturalise Français.

Œuvres Principales : Illustrations des Quatre Fils Aymon (Boudet, éditeur, 100 fr.). — Le petit Nab, illustrations en couleurs; album publie par Baschet (épuise). Quelques exemplaires en vente chez L. VANIER (a 3 fr. 50). — Illustrations pour le Jean des Figues, de Paul Arene. — La Seine a Paris, le Duel, le Théâtre a travers les ages (PARIS ILLUSTRE). — Quelques affiches remarquables, entre autres : Les Fêtes de Paris, la Librairie romantique, le Cavalier Miserey, Jeanne d'Arc, l'Encre Marquet, la Walkyrie, etc.
Son projet de vitrail de Jeanne d'Arc, pour la cathédrale d'Orléans, méconnu par le jury a la surprise de tous les artistes, etc.



Aussi dédaigneux de la mode qu'ennemi de la routine, méprisant également la réclame bruyante et les attaques injustes, Grasset est un travailleur infatigable, un artiste désintéresse, uniquement préoccupe de son art, et qui veut tout devoir a son oeuvre, — rien a l'intrigue.
Trop modeste, mais conscient de sa force et sur de sa route, marchant sans hâte et sans trêve, sans tâtonnement ni défaillance, il va droit a son but idéal et toujours plus haut, par des chemins ou nul autre avant lui n'a passe.
Il est de ceux que le -public ignore.
Quant aux artistes, tous le connaissent, la plupart l'admirent, quelques-uns s'en inspirent, mais je crois que peu le comprennent.
Les uns pensent qu'il a trouve une manière, un truc, qu'il fait vitrail par exemple.
D'autres s'imaginent qu'a force d'érudition il fait revivre les styles anciens, ou qu'a force d'habileté il imite les styles exotiques, et qu'il fait gothique ou japonais, comme les ébénistes du faubourg Saint-Antoine font Louis XIV ou empire.
Les uns et les autres se trompent: Grasset ne s'est pas fait une manière pour se donner le facile plaisir de dessiner autrement que ses contemporains ; il ne fait pas davantage de tel ou tel style. Il fait seulement et toujours « decoratif » et « moderne ».
D'abord, il fait « decoratif ».
L'art decoratif, tel que le comprend Grasset, est celui qui, loin de chercher le trompe-l'oeil par l'imitation servile de la nature pittoresque, interprète la nature, c'est-à-dire l'arrange pour en faire un ornement.
Cette interprétation est différente et variée a l'infini, suivant le caractère de l'objet décora et les ressources offertes par la matière employée. Par exemple, Grasset dessinera différemment et sans jamais se répéter une même fleur suivant qu'elle devra être exécutée en bois, en pierre, en mosaïque ou en vitrail. Grasset interprète la nature, avec la plus entière liberté, en respectant seulement les caractères essentiels et distinctifs du sujet pris comme motif de décoration, et même en les soulignant pour les rendre plus ornementaux.
Quand, par exemple, Grasset dessine un cheval, il en rallonge ou raccourcit les membres suivant qu'il a besoin d'un ornement maigre ou lourd, il en arrange la crinière en volutes ou la dispose en belles courbes harmoniques, mais il respecte toujours la forma du sabot, l'ossature des articulations, et les détails de la tête, tout ce qui fait en un mot que c'est un cheval et non un autre quadrupède. Et le style est précisément la minière dont la volonté de l'artiste interprète la nature pour en faire un ornement.
Grasset ne modèle ses figures que juste autant qu'il est nécessaire pour en expliquer la forme, car les ombres « nature » détruisent 1' « a plat » des surfaces décorées, et modifient l'équilibre des masses ornementales en les divisant en trois parties : lumière, ombre et demi-teinte.
Enfin, Grasset ne respecte la perspective qu'autant qu'elle ne gène pas l'arrangement decoratif de ses compositions.
Tels sont, très succinctement résumes, les grands principes de la décoration de Grasset. Il les applique à tous les modèles que lui offre la nature et même à la figure humaine. Il n'hésitera pas par exemple à faire des cheveux verts ou rouges, si ces couleurs s'harmonisent bien dans une composition, car il considère la figure non comme un portrait, mais comme un ornement, au même titre qu'une fleur, un nuage, ou un animal.
Ainsi, de même que le musicien ne cherche pas a reproduire la chanson de la mer ou du vent, mais qu'il arrange les sons en une suite harmonique, Grasset ne cherche pas a reproduire l'apparence pittoresque des choses, mais il arrange les données accidentelles et fortuites de la nature en lignes harmoniques et en couleurs harmonieuses, de sorte que la nature n'est pas un modèle qu'il copie, mais un thème immense qu'il développe a l'infini.
Le premier a notre époque, Grasset appliqua ces lois, qui ont été celles de tous les arts décoratifs, mais qui, depuis le xvie siècle sont tombées en désuétude.
C'est la Renaissance, qui, par l'imitation servile de la nature, et la copie stérile de la décoration antique a tue notre art decoratif (1).
Avant la Renaissance, en effet, tous les arts étaient décoratifs. La décoration était le but unique de l'art. Le sculpteur ne taillait la pierre ou le bois que pour décorer un monument ou un meuble; le peintre ne peignait que pour décorer une surface et non pour copier la nature.
Avec la Renaissance, le but de l'artiste change. Il ne se préoccupe plus d'orner et de décorer; son but principal est d'imiter fidèlement la nature; et s'il s'en écarte un instant, c'est pour faire antique, ce qui est encore plus stérile
Le mal s'aggrava de siècle en siècle Pendant quatre cents ans on s'imagina qu'il n'existait pas d'autre style que celui des quatre ordres classiques. Depuis la Renaissance, on ne voit partout, que guirlandes de fleurs « nature » que banderolles, que balustres, qu'oves, que rais de coeurs, etc.
Le chapiteau corinthien sévit encore jusque dans nos meubles, dans nos pendules, dans nos lampes a pétrole!
A la Renaissance, les cuistres régentèrent l'art, en lui imposant les canons de l'antiquité : Vignole pensa établir pour l'éternité les cinq ordres de Vitruve, comme Boileau fit pour la tragédie la régie des trois unîtes d'Aristote.
C'est alors qu'on préféra le portail de Saint-Gervais à Notre-Dame, puis qu'on fit de la Madeleine un temple grec, aussi dépayse a Paris qu'un olivier de l'Attique sur les bords de la Seine. C'est alors que l'on commença à copier des tableaux aux Gobelins, croyant faire de la tapisserie. C'est alors que Ton crut a Sèvres décorer des vases en y dessinant des paysages nature et des scènes compliquées, et qu'enfin l'on crut faire des vitraux en peignant des tableaux sur du verre! Notre art decoratif est mort étouffe par l'esprit classique.
Le Romantisme a essaye — sans y parvenir du reste — d'affranchir la littérature de cet esprit, mais rien ne fut tente pour l'art decoratif, si méprise que jusqu'a ces derniers temps était déroger pour un artiste que de s'en occuper.
Actuellement, d'aucuns cherchent un dérivatif dans l'exotisme. Nos décorateurs font du japonais comme nos littérateurs s'inspirent du norvégien.
Mais il me semble qu'ils font fausse route, car je pense qu'on ne peut transplanter un art.
Cependant tout le monde à la nausée des vieilles formules. Tout le monde aspire à quelque chose de nouveau. En littérature comme en peinture des écoles nouvelles, mais mort-nées, se succèdent chaque jour : c'est le chaos...

Grasset s'affranchissant de la tradition classique regenere l'art decoratif en reprenant la tradition de notre art national que le pédantisme de la Renaissance avait étouffe pour y substituer les arts épuises des anciennes civilisations d'Orient.
En un mot, il continue le moyen age. Je dis qu'il continue et non pas qu'il répète et qu’il recommence, et j'arrive ainsi au second point que je voulais établir, a savoir que Grasset fait moderne.
Lorsque Grasset se révéla, le public, profondément étonne que l'on put faire quelque chose qui ne l'ait pas encore été, se demanda quel style était la!
On y crut voir l'égyptien, l'assyrien, le japonais, le byzantin, le gothique, ou un amalgame de tout cela.
Mais l'idée ne vint a personne qu'un homme put dessiner avec un style personnel et nouveau.
II en est pourtant ainsi. Grasset n'a jamais copie un ornement, pas même dans notre divin moyen age. Il n'a étudie les arts anciens et japonais que pour y retrouver les principes oublies, les lois méconnues de la décoration Et quand je dis qu'il continue le moyen age, j'entends par la qu'il en a retrouve les principes décoratifs, mais non pas ressuscite le système ornemental.
Il est évident que remplacer l'ornement classique par l'ornement gothique ne serait pas faire faire un grand pas à notre art decoratif.
Non. Ce qu'il faut, c'est un art nouveau qui s'accorde a nos moeurs, a notre climat, a notre civilisation compliquée, qui en soit pour ainsi dire la résultante, mais qui soit base sur les principes éternels de la décoration, principes que nous retrouvons dans l'étude du moyen age.
Grasset a fait une rénovation, une révolution dans notre art decoratif. Les snobs l'ignorent encore, les poncifs s'en effarent, les artistes la saluent déjà comme une délivrance, mais personne ne doit s'y tromper, c'est un art nouveau qui vient de naître.
Je n'ai parle ni des qualités de l'homme, ni du caractère de l'artiste, ni de son érudition encyclopédique, ni de son imagination fantastique, ni de la prestigieuse poésie de son inspiration, ni de 1'immensite de son oeuvre. Mais d'autres l'ont fait.
J'ai préfère essayer de résumer la théorie de son oeuvre.
Je ne sais si j'ai pu rendre claires ces quelques idées infiniment simples, mais trop nouvelles pour être d'abord comprises. Mais je serais heureux si elles pouvaient éclairer un peu l'admiration que professent les gens de goût pour le grand maître de la Renaissance de notre art decoratif.

(1) Il est bien entendu que nous ne parlous ici que de l'art decoratif et que, si nous critiquons l'esprit da cette époque, nous ne madisons point des génies qui l'ont illustrée.

Paul Berthon. Les Hommes d'Aujourd'hui. No 425



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