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Albert Robida

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Parmi les attractions dont fourmille l'Exposition universelle, il n'en est aucune qui, dès le premier jour, ait trouvé un accueil aussi favorable que le Vieux Paris.
Les lecteurs du Petit Français Illustré n'en seront pas étonnés, l'auteur de ce chef-d'œuvre étant un de leurs amis, le merveilleux artiste Albert Robida dont ils ont été si souvent à même d'admirer le double talent d'écrivain et d'illus-Irateur.
Robida, a en effet beaucoup écrit et dessiné pour les écoliers, et on no saurait trop l'en remercier. Il a puissamment contribué à rendre populaire notre journal dans lequel il a successivement publié : Jadis chez aujourd'hui, En haut du beffroi, Kerbiniou le très madré, Le moulin Fliquette, Le roi des Jongleurs, La fin du cheval (en collaboration avec Pierre Giffard). Quand, au mois de décembre dernier, nous avons donné à notre journal une forme nouvelle en y introduisant la gravure en couleur, c'est encore Robida qui a ouvert le feu par les Timidités du capitaine Bellormeau qui obtiennent actuellement tant de succès auprès de nos lecteurs et lectrices. Nous ne donnerons pas ici une biographie de l'auteur du Vieux Paris. Disons seulement qu'il naquit le 14 mai 1848 à Com-piègne et qu'après avoir pendant quelque temps exercé les modestes fonctions de secrétaire de la mairie de Belleville, il abandonna définitivement l'administration pour se consacrer tout entier à son art. Il serait difficile de trouver parmi les artistes contemporains quelqu'un qui ait à son actif un bagage aussi considérable que Robida. La simple énumération de toutes ses œuvres constituerait un vrai catalogue.
En tout cas, jamais artiste ne sut donner à ses productions un caractère plus personnel. Les dessins de Robida se reconnaissent au premier coup d'œil. Son style à une saveur qui lui est propre. Ce qui caractérise surtout le talent de ce travailleur infatigable, c'est un sens extraordinaire du pittoresque. Voyageur intrépide, il s'est pris d'une véritable passion pour le passé, particulièrement pour celui de la France. Nul ne connaît mieux que lui nos vieilles cités, nul n'a étudié plus à fond l'histoire de Paris dont les moindres coins lui sont familiers. Nul par conséquent n'était mieux désigné pour reconstituer dans ses traits principaux notre capitale et présenter au monde le Vieux Paris.
L'idée de cette reconstitution hantait depuis longtemps le cerveau de Robida. Quand il en eut fait adopter le principe, il s'y donna tout entier. C'est par centaines que l'on compte les dessins qu'il exécuta pour cette œuvre gigantesque. Il se révéla architecte de premier ordre, établissant des plans d'une admirable netteté, dessinant dans leurs plus petits détails aussi bien les bâtiments à élever que les costumes des personnages appelés à jouer un rôle.
Quand on procéda à l'inauguration du Vieux Paris ce ne fut qu'un cri d'enthousiasme. Mais lisez les journaux qui rendent compte de cette cérémonie. C'est, à peine si le nom de Robida y est prononcé. Ils parlent de tout, excepté de l'auteur de toutes ces merveilles. Rien d'étonnant à cela car Robida est le plus modeste des hommes Il ignore ce qu'on appelle la « réclame ». Si son nom est universellement connu du public, c'est parce que son talent s'est imposé de lui-même. Aussi ne serez-vous pas surpris d'apprendre que jusqu'ici ce prodigieux artiste n'a été l'objet d'aucune distinction honorifique.
Pas le moindre bout de ruban ne fleurit sa boutonnière; il n'est même pas officier d'Académie. N'avez-vous jamais en apprenant votre histoire de France regretté de ne pouvoir, écoliers du vingtième siècle, vivre un moment, une heure, un jour, dans les rues que parcourait le prévôt des marchands, les Halles, le Petit Chàtelet, la rue des Vieilles Ecoles, coudoyer les escholiers et les clercs de la Basoche? Quelle dramatique époque que celle où un Etienne Marcel, tentant de fonder un gouvernement populaire, forçait le dauphin à entrer dans ses vues. Ah! remonter le cours des siècles et voir renaître un instant sous ses yeux le passé de son propre pays, avec ses mœurs, ses coutumes, son architecture, ses costumes pittoresques, quel rêve ! Ce rêve, Robida la réalisé, voici comment.
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